Mercedes-AMG C63 S

Trouble-fête

La C63 S se veut être élégante et discrète mais s’affirme par des petits détails.

L’automobile est devenue plus rationnelle que jamais et tout, ou presque, semble avoir un sens. Pourtant il y a encore aujourd’hui des voitures inexplicables, répondant à une demande qu’on peine à imaginer qu’elle existe, en dehors de toute morose conformité. C’est le cas de la C63 S, qui, dans sa version la plus ultime, ne semble répondre à aucun code, excepté celui du plaisir de la personne derrière son volant.

C’est une voiture contraire à la science, à l’évolution, celle qu’on inclurait dans les phrases du type « le bon vieux temps » ou encore « c’est plus pareil aujourd’hui ». On devient ainsi nostalgique d’une époque sur le point d’être révolue.

Elle nous fait sourire, rigoler et concentre les éléments mécaniques de l’essence de la passion automobile, la C63 S cultive la violence de la puissance et l’excellence de la rigueur

Extérieur : Entre deux mondes

La C63 s’habille de petits accessoires et petits détails qui la différencie de ses versions classiques. C’est dans la subtilité. Cette recette n’est pas nouvelle et perdure depuis 1993 avec la génération W202 et sa fameuse C55 AMG. Le préparateur de Mercedes n’est pas un maquilleur, la beauté pour la C63 est à l’intérieur, cela ne l’empêche tout de même pas de soigner sa plastique.

Lorsque cette silhouette apparait dans votre rétroviseur mieux vaut garder la file de droite.

AMG intègre donc une calandre « Panamericana », des entrées d’air encadrées en noir contrastant avec le Gris Sélenite de notre modèle d’essai, un capot sculpté avec deux imposantes nervures au centre et deux autres lignes de fuite qui joignent la calandre. Mercedes soigne les expéditions nocturnes avec des optiques à LED bénéficiant d’un éclairage puissant et adaptatif. La face avant se remarque aussi avec des passages de roue plus larges ajoutant toujours plus de dramatisme à une ligne déjà très explicite. La calandre arbore fièrement l’étoile de Mercedes, au centre, donnant la direction comme le ferait l’étoile polaire. Mais ce détail regorge de solutions techniques ingénieuses comme les radars pour la conduite autonome ou la caméra finement placée entre ce dernier et le haut de la calandre, évitant tout élément disgracieux.

Avec sa ligne de toit très fuyante le coffre a une capacité théorique très importante.

Le profil conserve sa ligne de break très fuyante une fois en contact avec la vitre arrière lui donnant un côté break familiale. Cela tranche avec les sortilèges lancés par AMG afin de donner vie à la C63 S. Nous retrouvons aussi les jantes multibranches de 20 pouces dans leur fnition gris titane et argent. De surcroît, notre modèle d’essai est équipé du système de freinage carbone céramiques avec ses étriers dorés, du plus bel effet. On retrouve aussi sur le côté du compartiment moteur le logo « V8 Biturbo », qui dans ce cas, pourrait se traduire par « Attention, le chien monte la garde ».

Les passages de roue sont bien plus imposants sur le C63 S.

La poupe reçoit le traitement classique mais au combien efficace d’AMG. La malle se coiffe d’un spoiler plus proéminent améliorant le flux d’air ainsi qu’une série de logo venant décliner l’identité du véhicule. Un extracteur d’air peint en noir vient joindre les deux doubles sorties d’échappement rectangulaires subtilement encadrées par deux sorties d’aires sur la partie basse du bouclier. Les optiques, à LED évidemment, proviennent de la Classe C break plus traditionnelle, ce qui n’est pas le cas, une fois de plus, des passages de roue, élargis pour cette version 63 S afin d’accueillir la monte pneumatique bien plus imposante.

En termes de style, AMG a réalisé son travail avec maîtrise en partant d’une Classe C break pour la rendre plus spéciale. La C63 S navigue entre deux mondes, entre élégance et sportivité.

Les entrées d’airs noires se marient très bien avec le gris Sélénite.

La C63 S sait se faire oublier avec un confort remarquable, une boîte imperceptible et un réel silence de fonctionnement.

Intérieur : L’excellence d’outre-Rhin

L’intérieur de la C63 S est un fin mélange de sport et de confort et profite de cette version AMG pour améliorer son équipement pléthorique. L’instrumentation laisse place à un écran aux multiples affichages, permettant de régler, à la guise du conducteur, les informations qu’ils souhaitent voir défiler ou afficher. Malgré la quantité notable de menus et sous-menus l’interface conserve un côté très intuitif, notamment grâce aux boutons sur le volant. Parlons-en du volant, recouvert d’alcantara, l’épaisseur de sa jante tombe parfaitement autour des mains et chaque partie du volant possèdent leurs lots de particularités, ainsi, peu importe la position de dernier on sait parfaitement dans quelle position les roues sont braquées.

L’intérieur est lieu de rafinement.

La console centrale, habillée sur notre modèle de carbone, est une grande vague où, en son sommet, trône l’écran de navigation et de contrôle, en se jetant, du côté opposé, vers l’accoudoir en papillon avec sa vaste capacité de rangement. Et, tout du long de cette vague de carbone, s’intègre, presque de manière pudique, les contrôles de la climatisation et en dessous des raccourcis pour l’écran de navigation avec en leur centre la montre IWC rétro éclairée, aux finitions irréprochables.

On retrouve aussi un rangement, discrètement caché sous cette plaque de carbone arborant l’inscription AMG, laissant découvrir des porte-gobelets et la recharge sans fil pour smartphones. En dessous, on retrouve les contrôles de la navigation avec un trackpad et une roulette de sélection. Bien que le système multimédia accuse désormais 7 années de lourdes et âpres commercialisations, il reste en 2020 une référence et ne fait, a aucun moment, sentir les plis du temps.

Notre modèle, nous accueille aussi avec ces fameux sièges « AMG » dont l’assise est confortable et la position optimale. Ces « baquets » maintiennent très bien mais ne sauraient se montrer désagréables pour un long trajet. De surcroît, et consubstantiellement à leur finesse, ils libèrent de l’espace pour les passagers arrière, qui sont eux aussi, très bien lotis avec une climatisation bi-zone. Seule la personne sur la place du milieu pourra se voir marginaliser par le reste des occupants, bien mieux installés. Bien installé, votre animal de compagnie le sera aussi dans le coffre de 490 litres, spacieux et facile d’accès. L’indéniable avantage d’un break.

La C63 S nous séduit par sa philosophie et par son fort tempérament.

Les baquets AMG conservent un réel confort.

L’intérieur de la C63s est sans aucun doute une magnifique cabine où se côtoie rigueur, luxe, confort et intuitivité. La finition touche du doigt les standards les plus élevés, rien n’est fait pour éblouir les occupants, tout est question de raffinement.

Conduite : Politiquement incorrect (et tellement attachant)

Si la classe C Break dans sa version civile est un choix de véhicule totalement justifiable celui de la C63s Break l’est beaucoup moins. Par analogie, un break, avec 5 places et un coffre aussi grand qu’un 3008 rime avec famille. Audi, marque prudente par excellence, l’a bien compris, sa RS4 (seule concurrente de la C63 S Break, en attendant la M3 Touring) est 4 roues motrices, a un V6 prévenant et se place comme un véhicule familial qui pourrait être conduit par toute la famille, de 18 à 88 ans. La C63 S est beaucoup moins fréquentable en comparaison, notamment car le V8 Biturbo de 510 chevaux délivre sa puissance aux seules roues arrières. Epicure avait raison, on trouve tellement de bien dans le mal, comme une attirance inexplicable à un antagonisme poussé à son paroxysme ; Le politiquement incorrect qu’incarne la C63s devient alors très attachant.

Les quatres sorties d’échappement affirment le côté sportive de cette C63 S.

Les premiers tours de roues en mode confort sont trompeurs, outre le couple débordant de toute part et la direction plus directe que les modèles « grand public », la C63 S sait se faire oublier avec un confort remarquable, une boîte imperceptible et un réel silence de fonctionnement malgré le moteur de 4 litres logé devant le conducteur. Seul le bruit de la monte pneumatique vient trahir les ambitions sportives du break allemand. La boîte à 9 rapports permet d’envisager des longues distances tout en conservant une consommation raisonnable et permet une évolution en ville en permanence sur le couple rendant encore plus agréable la C63 S. Le son émis par le système audio Burmester® transforme l’habitacle une salle de concert, on met le chauffage et on active les sièges chauffants par cette journée d’hiver, on sent cette capacité à avaler les kilomètres sans un mal de tête, sans un signe de fatigue.

Mais si vous avez décidé de dépenser 110 00,00 € dans un break avec un badge AMG alors vous êtes en droit d’attendre aussi un brin de sportivité de la part de la C63 S. On enclenche ainsi le mode sport, on ouvre les valves de l’échappement et la C63 devient un animal très différent.

Dans l’automobile faire de grandes voitures implique de prendre des risques, de naviguer à contre-courant, la C63 S est une prise de risque naviguant à contre-courant.

La réponse à l’accélérateur devient télépathique, le bruit mue comme un garçon à l’adolescence, le confort des suspensions devient partiel. On ne conduit plus la même voiture et on ne la conduit plus de la même manière. Dans les modes Sport + et Race, l’antipatinage se déconnecte partiellement et une attention particulière est nécessaire à la remise des gaz, en effet une fois les turbos en mouvement, le V8 délivre toute sa puissance et le train arrière se heurte aux limites de la physique ne pouvant encaisser une telle puissance même aidée par les artifices modernes. On découvre ainsi une voiture bien plus joueuse, qui semble réserver à une niche de conducteur qui serait capable d’exploiter toutes les capacités du break allemand. Bien qu’handicapé, parfois, par sa propulsion la C63 S reste tout de même prévenante, seulement sur le sec, sur le mouillé le train arrière fait du patinage artistique en permanence. Le moteur, bien que turbocompressé, se comporte comme un atmosphérique, donnant l’impression de construire son couple tout au long de la montée vers le rupteur avec cette impression d’une poussée qui ne s’arrête jamais. Le bruit investit toute la cabine, pénètre dans les sièges, dans le pédalier ajoutant une remontée d’information très tactile et très analogue. A la levée de l’accélérateur, l’échappement produit des déflagrations qui viennent résonner dans le coffre et, quelques fois, terroriser les passants.

Les tunnels se transforment en salle de concert.

Si les 4 roues motrices sont aujourd’hui la norme sur ce segment, AMG ne semble pas suivre la tendance et conserve une propulsion sur la C63 S. Le train avant délaissé de toute traction permet une précision dont on avait perdu l’habitude. Bien qu’électrique, elle conserve un feeling très naturel même si on l’aurait préféré plus rapide afin de renforcer encore la relation entre l’homme et la machine. La C63 S nous séduit par sa philosophie et par son fort tempérament, si Audi est votre collègue qui boit un thé pendant un afterwork, Mercedes-AMG est celui qui commande de la vodka pure.

L’ensemble châssis, moteur et boîte se marie à merveille, et la C63 S se découvre comme une voiture communicative sans faire de compromis sur le confort. La rigueur des ingénieurs de Stuttgart et la folie de ceux Affalterbach fait de ce crus W205 l’un des meilleurs en date.

Le profil de la C63 S est élancé.

La C63 S se révèle, et cela peut paraître bizarre, mais intéressante. On apprend au fil des kilomètres, à utiliser le moteur, à déceler où se trouve la puissance, le moment où le train arrière décroche. On se surprend, parfois, à compléter les procédés parfaitement, on est alors gratifié par la réponse immédiate de la C63 S, accélérer au bon moment, rétrograder quand il faut, doser l’accélérateur, tout cela s’apprend dans cette Mercedes. Ce n’est pas la voiture dans laquelle vous montez et vous enfoncez l’accélérateur, oui vous pouvez le faire, et vous irez très vite, mais la décélération dans un platane du bord de la route sera aussi très rapide.

Le break allemand est à l’aide sur autoroute, en ville et sur petite route.

La C63 S a beau être ancrée dans l’air moderne de par sa conception, par ses turbos, sa boîte auto à 9 vitesses, elle en demeure, pas moins très analogue. Elle nous fait sourire, rigoler et concentre les éléments mécaniques de l’essence de la passion automobile, la C63 S cultive la violence de la puissance et l’excellence de la rigueur.

Malheureusement, Bruxelles ne voit pas cela de cet œil, et on voit la fin de ce genre de véhicule que l’on chérit tant. La C63 S avec ce moteur entame une mort lente et douloureuse pour nous, mais dans un ultime mouvement schumpétérien de destruction créatrice elle nous émeut une dernière fois, avant de laisser sa place à un 4 cylindres.

L’avis féminin : De voiture familiale à voiture sportive, le changement à portée de pédale.

Dans cette C63 S on se sent bien de par son confort et ses nombreux éléments de sécurité. Même si l’on ressent l’esprit de sportivité on a, aux premiers abords, aucune idée d’être dans une telle auto. On a comme une impression d’être dans une énième voiture familiale, notamment grâce au luxueux intérieur et à la très souple suspension, et pourtant ce sentiment est quelque peu trahi par celui de la puissance dominant toutes les mises en mouvement avec ce bruit roque qui s’invite dans la cabine. La C63 S est pour moi une très bonne découverte avec un niveau de polyvalence très élevé qui, pour autant, ne semble pas empiéter sur sa sportivité et son confort.

Par : Margherita Buso

Note, mention et conclusion

Note : 81/100

Extérieur – 16/20

Intérieur – 16/20

Moteur – 18/20

Dynamisme & Sensations – 16/20

Confort & Praticité – 15/20

La C63 S nous a d’abord surpris par sa simple existence, elle nous attriste désormais par son extinction programmée dans la configuration qu’on lui connaît. Dans l’automobile faire de grandes voitures implique de prendre des risques, de naviguer à contre-courant, la C63 S est une prise de risque naviguant à contre-courant.

Un grand merci à Mercedes-Benz France, en particulier à Julien et à Jean-Luc.

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